Selon les chiffres, plus de la moitié de la communauté haredi (juive orthodoxe) vit sous le seuil de pauvreté. Selon le Bureau central des statistiques, 53% des haredim se situent sous le seuil de pauvreté, soit la même proportion que dans le secteur arabe. Parmi les Juifs non haredi, le taux est bien plus bas, 9%. Le revenu mensuel moyen par habitant dans la société haredi est de 3 500 NIS, soit la moitié de la moyenne des juifs non haredi et seulement un peu plus élevé que dans la société arabe.

Malgré ces chiffres alarmants, il existe un paradoxe. Les Haredim ne se considèrent pas comme pauvres et ne se comportent pas de la sorte. Une nouvelle étude de l’Institut Haredi pour les affaires publiques, rapportée ici pour la première fois, montre que pas moins de 71% des haredim sont satisfaits de leur situation économique, contre moins des deux tiers des Juifs non-haredi et 53% des Arabes israéliens.

Les solutions “haredi” pour sortir de la pauvreté

Nitsa (Kaliner) Kasir, qui a mené la nouvelle étude avec Dimitri Romanov, affirme qu’il existe plusieurs explications à ce paradoxe. La plus importante est que le taux de pauvreté réel dans la société haredi est nettement inférieur aux chiffres officiels si l’on tient compte d’indices spécifiques concernant le mode de vie haredi. Un tel calcul révèle que le taux de pauvreté varie entre 8% et 14%, soit environ un cinquième du chiffre officiel.

Nitsa Kasir utilise à la fois les chiffres existants, y compris les résultats de l’Enquête sur la sécurité alimentaire, qui sont assez similaires dans le secteur haredi au secteur juif dans son ensemble, et une évaluation de recherche précise qui prend en compte le caractère de la société haredi, ses règles de comportement, son panier de consommation, ses dépenses familiales, etc. Un taux de base important pour le taux de pauvreté réel du secteur est le taux d’assistance sociale pour les nécessiteux dans les villes haredi, qui est identique au taux de pauvreté utilisé par Kasir.

Elle affirme que le caractère de la société haredi constitue en réalité une économie presque fermée. En raison de ces caractéristiques, une famille haredi parvient à subvenir à ses besoins malgré des revenus nettement inférieurs. L’un des indices cités dans l’étude de Kasir, qui génère des taux de pauvreté beaucoup plus bas, considère le niveau de revenu par rapport au revenu moyen dans le secteur haredi, plutôt que par rapport au public israélien en général.

Selon Kasir, les conséquences économiques de cette situation sont la non-réalisation du potentiel de croissance du pays, en raison de l’absence de la moitié des hommes haredi de la population active. En raison du chômage délibéré dans ce secteur, l’État dispose de moins de recettes fiscales et de beaucoup plus de paiements de transfert, tels que des indemnités. La cohésion sociale du pays est affectée et il y a aussi un impact négatif sur le ratio dette / PIB. Cette situation génère également des sentiments négatifs envers les haredim au sein de la société dans son ensemble. Ils sont perçus comme ne supportant pas le fardeau économique, ne payant pas d’impôts et constituant un poids pour les contribuables.